Par beau temps, sur une côte que vous connaissez, la navigation se fait presque à l’œil. Mais la brume tombe vite, le vent tourne, et un rivage inconnu ressemble à un autre. Savoir où vous êtes et où vous allez devient alors une question de sécurité. Ce guide présente le minimum à maîtriser : la carte, le compas, les amers, la dérive et le GPS.
Il fait partie de la rubrique Techniques, aux côtés des pages consacrées aux courants et à la sécurité.
La carte, point de départ de toute sortie
La carte marine ou le topo spécialisé vous donnent l’essentiel : lieux d’embarquement, plages de repli, amers, balisage, phares, sondes, courants et dangers. Certains topos ajoutent les coordonnées GPS des points remarquables.
Pour le kayak, l’échelle au 1/50 000 est courante. Un kilomètre y mesure 2 centimètres, et un mille marin, soit 1 852 mètres, environ 3,7 centimètres. Retenez cet ordre de grandeur : il vous permet d’estimer d’un coup d’œil la longueur d’une traversée.
Où la mettre ? Sur le pont, devant vous, dans une pochette étanche fixée sous les élastiques ou sur la ligne de vie. Une carte rangée dans une trappe ne sert à rien au moment où vous en avez besoin. Pour bien lire ces documents, voyez notre page sur les cartes et les topos.
Boussole et compas
La boussole reste l’outil le plus simple. Sa précision suffit pour la plupart des sorties côtières, même si la manipuler sur le pont d’un kayak demande un peu d’habitude.
Deux types de compas apportent plus de confort :
- Le compas de route : fixé sur le pont devant vous, à demeure ou avec des sandows. Il affiche en permanence le cap suivi. Encore faut-il avoir préparé la sortie et calculé les caps à tenir avant de partir.
- Le compas de relèvement : tenu à la main, bras tendu. Vous visez un amer grâce à l’alidade et lisez l’angle sur le disque gradué en degrés.
Deux définitions à garder en tête. Le cap est l’angle entre le nord et l’axe du bateau, mesuré dans le sens des aiguilles d’une montre. Le relèvement est l’angle entre le nord et la ligne qui relie le bateau à un amer, mesuré de la même façon.
Faire le point avec les amers
Un amer est un repère fixe et bien visible depuis la mer, que vous retrouvez sur la carte : phare, clocher, château d’eau, sémaphore, rocher caractéristique. Il sert à deux choses.
D’abord, faire le point. Relevez deux amers bien écartés, tracez les deux directions sur la carte, et votre position se trouve à leur intersection. Un troisième relèvement sert de contrôle : si les trois droites forment un petit triangle, vous êtes dedans.
Ensuite, tenir une route. Deux amers alignés l’un derrière l’autre forment un alignement. Tant qu’ils restent superposés, vous êtes sur la bonne ligne. C’est la méthode la plus fiable pour franchir un passage étroit ou un chenal.
La dérive, ou la courbe du chien
Vous visez un point sur la côte et pagayez droit dessus. Pourtant, un courant ou un vent de travers vous déporte. En corrigeant sans cesse vers votre cible, vous décrivez une courbe qui rallonge le trajet, parfois de beaucoup. Les marins appellent cela la courbe du chien.
La parade consiste à viser plus haut, du côté d’où viennent le courant ou le vent, pour compenser la dérive dès le départ. Un alignement derrière votre point d’arrivée vous dira tout de suite si la correction est bonne.
Les courants de marée changent de force et de sens au fil de la journée. Pour les anticiper, consultez les prédictions de marée du SHOM et lisez notre page sur la navigation et les courants.
Le GPS, utile mais pas suffisant
Un GPS de randonnée ou une application sur téléphone étanche donnent une position précise en quelques secondes. Ils permettent aussi d’enregistrer une trace et de mesurer votre vitesse réelle, ce qui aide à estimer l’heure d’arrivée. Pour connaître les allures habituelles, voyez notre page sur la vitesse d’un kayak de mer.
Avant d’acheter, regardez surtout :
- l’autonomie de la batterie, et la possibilité d’emporter des piles ou une batterie de secours
- l’étanchéité réelle de l’appareil
- la lisibilité de l’écran en plein soleil
- la possibilité de charger des cartes marines
Mais une batterie se vide et un écran se raye. Gardez toujours la carte et le compas à bord, et entraînez-vous à vous en servir sans électronique.
Préparer sa route avant de partir
Une bonne navigation commence à terre. Avant la sortie :
- repérez sur la carte le point de départ, l’arrivée et les plages de repli
- notez les caps entre chaque étape et la distance de chaque traversée
- vérifiez les horaires de marée et le sens des courants
- consultez les bulletins marine de Météo-France et le vent prévu
- identifiez les amers que vous utiliserez en route
Gardez aussi en tête que la distance à laquelle vous pouvez vous éloigner d’un abri dépend de votre équipement. La Division 240 du règlement annexé à l’arrêté du 23 novembre 1987 (ministère de la Mer) fixe ces seuils, et notre page sur les zones de navigation les résume.
Apprendre auprès des autres
Ces techniques s’apprennent mieux sur l’eau qu’en lisant. Naviguer en groupe avec des kayakistes expérimentés, en club ou en sortie encadrée, reste la meilleure école. Vous y verrez comment ils lisent la carte, choisissent leurs amers et corrigent la dérive.
Entre deux saisons, les ouvrages spécialisés aident à fixer les notions. Et avant toute sortie engagée, relisez nos conseils de sécurité en kayak. Le reste des techniques est regroupé dans la rubrique Techniques.