Fabriquer sa propre pagaie groenlandaise est un projet accessible à un bricoleur soigneux. Après le choix du bois et le débit de la planche, présentés dans la première partie de ce guide, vient le travail de mise en forme et de finition. C’est l’étape la plus longue, mais aussi la plus gratifiante : la pagaie prend peu à peu sa silhouette fine et sa prise en main si particulière.
Cette page fait partie de la rubrique Équipements. Elle complète notre comparatif des pagaies et notre page sur les kayaks traditionnels.
Rabotage aux dimensions
La planche est d’abord rabotée pour obtenir la largeur et l’épaisseur finales. Les dimensions se calculent d’après le pagayeur : envergure des bras, taille des mains, largeur du kayak. Prenez le temps de les définir avant de commencer, et gardez une marge pour les dernières corrections. Travaillez dans le sens du fil pour éviter les arrachements.
Tracer le manche et les pales
Le manche, au centre, doit être assez long pour accueillir vos deux mains avec un peu de jeu. Ses limites et l’épaulement qui marque le début des pales se tracent au trusquin et au crayon, de façon symétrique depuis le milieu de la planche. Tracez aussi l’axe central sur toute la longueur : il servira de repère pendant tout le façonnage.
Mettre en forme les pales
Les pales s’affinent progressivement vers leurs bords et vers leur extrémité. Le rabot, la plane ou la râpe enlèvent la matière, puis le racloir affine les surfaces. La section de la pale ressemble à un losange arrondi ou à une lentille, épaisse au centre et fine sur les bords. Le manche, lui, s’arrondit pour tomber naturellement dans la main.
Contrôlez régulièrement la symétrie entre les deux pales et de chaque côté de l’axe. Une pagaie déséquilibrée se sent immédiatement sur l’eau. Les gabarits en carton et le passage de la main les yeux fermés sont de bons outils de contrôle.
Le ponçage
Le ponçage se fait à la main, en passant progressivement d’un grain moyen à un grain très fin. Chaque passage efface les traces du précédent. Humidifier légèrement le bois entre deux grains fait relever les fibres, qu’on ponce une dernière fois pour obtenir une surface douce qui ne peluchera pas sur l’eau.
Les poussières de bois sont dangereuses pour la santé, en particulier pour les voies respiratoires. Les recommandations de l’INRS insistent sur l’aspiration à la source et le port d’un masque de protection adapté. Travaillez dans un local aéré et nettoyez par aspiration plutôt qu’au balai.
La finition
Une pagaie en bois a besoin d’une protection contre l’eau et les ultraviolets. Les huiles, notamment à base d’huile de lin, pénètrent le bois, gardent un toucher naturel et se renouvellent facilement. Elles s’appliquent en plusieurs couches fines, avec un séchage complet entre chaque. Les vernis protègent davantage mais deviennent glissants et s’écaillent avec les chocs. Beaucoup de pagayeurs choisissent l’huile sur le manche et parfois un renfort plus dur sur l’extrémité des pales.
Attention : les chiffons imbibés d’huile de lin peuvent s’enflammer spontanément en séchant. Étalez-les à plat à l’extérieur ou plongez-les dans l’eau avant de les jeter.
Le choix du bois
Les bois résineux légers, comme le cèdre rouge, sont souvent utilisés pour leur légèreté et leur résistance à l’eau. Une même essence peut présenter des teintes très variées, de l’ivoire au brun foncé. Les pagaies collées en plusieurs lames associent parfois des bois différents pour gagner en rigidité. Notre page sur le kayak en bois présente d’autres essences.
Signer son travail
Une marque au fer, gravée ou brûlée sur le manche ou la pale, permet de signer votre travail et de reconnaître votre pagaie au club. Appliquez-la avant la finition pour qu’elle soit protégée.
L’entretien
- Rincez la pagaie à l’eau douce après chaque sortie en mer.
- Rangez-la à l’abri du soleil, à plat ou suspendue.
- Poncez légèrement et remettez une couche d’huile quand le bois paraît sec.
- Réparez sans attendre les éclats sur les bords des pales.
Apprendre à s’en servir
La pagaie groenlandaise demande un geste plus souple et plus régulier que la pagaie européenne. Ses pales étroites se plantent en douceur, avec une légère inclinaison. Elle excelle aussi dans les appuis et l’esquimautage. Lisez notre page sur l’esquimautage et essayez-la en club avant une longue randonnée.
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