Fabrication de pagaies traditionnelles groenlandaises

La pagaie groenlandaise est une pagaie de bois étroite et longue, sans angle entre les pales, héritée des peuples de l’Arctique qui chassaient en kayak. Elle se fabrique à partir d’une seule pièce de bois, avec des outils de menuisier courants. Cette première partie présente le choix du bois, la prise de mesures et le débit de l’ébauche. La mise en forme et la finition sont détaillées dans la seconde partie du pas à pas.

Cette fiche fait partie de la rubrique Équipements. Pour comparer ce modèle aux pagaies modernes, consultez notre comparatif des pagaies.

Une pagaie différente des modèles modernes

Une pagaie européenne actuelle porte deux pales larges, souvent décalées d’un angle, au bout d’un manche en aluminium ou en fibres. La pagaie groenlandaise prend le contrepied. Ses pales sont fines et longues, sans angle entre elles, et le manche central est court. La pagaie se tient souvent en partie sur les pales, les mains glissant le long du bois selon les manœuvres.

Pagaie groenlandaise en bois
Photo : Shogun at en.wikipedia, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons. Photo d’en-tête : Petr Kraumann, CC BY 3.0, via Wikimedia Commons

Ce dessin donne une prise sur l’eau plus progressive, moins brutale pour les épaules et les poignets. Il demande en revanche une technique adaptée, avec une cadence souvent plus rapide. Beaucoup de pratiquants l’adoptent pour la randonnée et pour l’apprentissage de l’esquimautage, que nous décrivons dans notre page sur l’esquimautage.

Le choix du bois, l’étape décisive

Tout commence par le bois. On utilise en général un résineux léger, apprécié pour son bon rapport entre poids et résistance. Le choix de la pièce compte autant que l’essence. Recherchez un bois sec, au fil droit et régulier sur toute la longueur, sans nœud, sans fente et sans poche de résine. Un nœud mal placé crée un point faible, précisément là où la pagaie travaille.

Le sens du fil doit suivre la longueur de la pagaie. Observez les deux extrémités de la planche pour vérifier l’orientation des cernes. Les artisans écartent les pièces douteuses dès cette étape, car aucun travail ultérieur ne rattrape un bois mal choisi.

Certains fabricants renforcent l’extrémité des pales avec une pièce de bois plus dur, collée en bout. Sur les pagaies anciennes, ce rôle était tenu par de l’os ou de l’ivoire. Ce renfort protège le bout de pale des chocs contre les rochers et le sable.

Pour comparer les modèles disponibles, vous pouvez parcourir les rabots et outils à bois sur Amazon (lien affilié).

Prendre ses mesures

Une pagaie groenlandaise se taille à la mesure de son utilisateur. La longueur totale, la longueur du manche et la largeur des pales dépendent de la taille du pagayeur, de l’envergure de ses bras et de la largeur de son kayak. Les méthodes traditionnelles se fondent sur le corps : l’envergure des bras, la largeur entre les mains posées sur le manche, la hauteur atteinte bras levé.

Ces repères varient d’un auteur à l’autre. Avant de tracer, comparez plusieurs méthodes, et si possible essayez une pagaie existante dont les dimensions vous conviennent. Un club affilié à la Fédération française de canoë kayak peut parfois vous en prêter une pour un essai sur l’eau.

Préparer la pièce de bois

La pièce brute est d’abord dégauchie, puis rabotée d’épaisseur et de largeur. Ces opérations donnent une planche plane, aux faces parallèles et aux chants d’équerre. C’est la base de toutes les cotes suivantes. Une planche vrillée ou cintrée donnerait une pagaie déséquilibrée.

Quand plusieurs pagaies sont fabriquées en même temps, les artisans regroupent les pièces par longueur. Ce classement simplifie les réglages des machines et limite les erreurs.

Le tracé

Le tracé reporte les mesures sur le bois. On marque d’abord l’axe central, puis les limites du manche, les épaulements où le manche rejoint les pales, et le contour des pales. La précision compte ici : une erreur sur une seule face se retrouve sur la pagaie finie, et la symétrie entre les deux pales conditionne l’équilibre en main.

Tracez avec un crayon fin et une règle longue, et vérifiez chaque cote deux fois avant de couper. Un gabarit de pale en contreplaqué mince facilite le report à l’identique sur les deux extrémités.

Les premières coupes

La pièce est ensuite coupée à longueur, puis le contour est débité. En atelier, cette opération se fait souvent à la scie à ruban. À la main, une scie égoïne et une scie à chantourner suffisent, avec plus de temps. Restez légèrement à l’extérieur du trait, le rabot et la râpe se chargeront d’arriver à la cote.

Vient alors la réalisation de la pente générale des pales, sur les quatre faces. L’épaisseur diminue progressivement depuis le manche jusqu’au bout de pale. Cette pente se réalise au rabot, en travaillant alternativement les deux faces pour conserver la symétrie, puis les deux chants.

Sécurité à l’atelier

Le travail du bois produit des poussières fines, qui sont un risque reconnu pour la santé. Le dossier de l’INRS sur les poussières de bois rappelle l’intérêt d’aspirer à la source et de porter une protection respiratoire adaptée lors du ponçage et du sciage. Portez aussi des lunettes de protection devant les machines, et tenez les mains éloignées de la lame. Si vous débutez, un atelier partagé ou une association de menuiserie peut vous donner accès à des machines et à des conseils.

Avant de passer à la mise en forme

À ce stade, vous disposez d’une ébauche aux bonnes dimensions, avec un manche rectangulaire et des pales amincies. Elle ressemble déjà à une pagaie, sans en avoir le confort. La suite du travail consiste à arrondir le manche, profiler les pales, poncer et protéger le bois. Ces étapes sont décrites dans la seconde partie.

Pour équiper le reste de votre kayak, consultez aussi notre page sur l’équipement du kayak de mer et les autres fiches de la rubrique Équipements.

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